Enseigner l'éditorial à des étudiants nés avec ChatGPT
Retour sur un semestre à Paris Panthéon-Assas. Ce que mes étudiants m'ont appris vaut largement ce que je leur ai transmis.
J’enseigne l’éditorial à Paris Panthéon-Assas depuis quelques années. Ce semestre était différent. Pour la première fois, j’avais une promotion entière qui n’avait jamais connu un monde sans IA générative.
Pas des curieux de l’IA. Des natifs.
Ce que j’ai changé
J’aurais pu ignorer la chose. Continuer à enseigner les fondamentaux — angle, structure, voix, tension — comme si les outils d’écriture automatique n’existaient pas.
J’ai fait l’inverse. J’ai mis ChatGPT au centre du cours. Pas pour l’apprendre : pour le tester. Chaque exercice commençait par : demandez à l’IA. Puis faites mieux.
Ce qu’ils m’ont appris
Mes étudiants utilisent l’IA comme un brouillon. Pas comme un oracle. Ils ont une intuition très précise de ce qu’elle rate — le détail juste, la phrase qui surprend, le silence qui fait sens.
Ce qu’ils n’ont pas encore, c’est la confiance dans leur propre jugement. Ils savent que l’IA se trompe. Ils ne savent pas encore toujours pourquoi ils ont raison.
Ce que ça change pour l’enseignement
Enseigner l’éditorial aujourd’hui, c’est enseigner la décision. Pas l’écriture — la décision d’écriture. Pourquoi ce mot et pas un autre. Pourquoi cette structure et pas la plus évidente.
L’IA a rendu le « comment » presque trivial. Elle a rendu le « pourquoi » plus précieux que jamais.